
« Je laisse mes pensées s'écroulées. Je m'imagines que je marche doucement, ne pouvant m'empêcher de penser que c'est la dernière fois que mes pieds foulent ce sol imaginaire. Je me rappeles alors mes premiers pas, du moins le peu que j'ai vu sur les vidéos-casettes que mes parents avaient précieusement garder dans une large boîte au sous-sol, avec plusieurs autres souvenirs que, enfant, j'avais maintes fois regardé. Je ressent un noeud commencé à se former au creux de mon coeur. Mes parents... J'avais été le modèle exact de l'enfant indépendant qui feignait n'avoir besoin de personne. L'insensible au coeur de pierre. Auraient-ils été fiers de moi, de l'homme que le temps avait forgé, ou au contraire, auraient-ils eu honte? J'inspire un grand coup et continue ma route, perdu dans mes pensées.
Je pense à ma femme. C'est le plus beau cadeau que la vie m'ai offert. La joie incommensurable qui s'éprend de ton être quand tu la vois s'en venir vers toi, avec un sourire angélique sur les lèvres, vaut tout les martyres du monde. Quand tu vois ses yeux brillés de milles feux quand tu lui rappeles que c'est la femme de ta vie, c'est ce genre de moments dont tu te rappèles à la fin. Et son odeur. Oh oui. Je la sens encore, malgré la distance qui nous sépare à ce moment préçis. Un doux mélange de canelle et de lavande. La seule senteur dont je ne pourrais jamais me lasser. Je voudrais tant lui dire une fois de plus lui dire '' Je t'aime '' en l'embrassant, ou tout simplement la serrer dans mes bras. Sentir son corps contre le mien, la prendre doucement et l'étreindre avec tout l'amour que je ressens pour une seule personne ; elle. L'amour est un don. Certains doivent chercher toute leur existence pour en trouver la véritable signification, alors que moi j'avais vingt ans lorsque j'ai tout saisis. Les gens cherchent trop loin, alors que le bonheur n'est que devant nous finalement. J'ai aimé comme personne, et je ressens à ce moment une telle serenité à l'idée de ne pas avoir gâché ma vie que j'en pleurerais. Mais je ne peux pas, non. Je dois être fort.
Mes pensées s'évadent maintenant vers mes enfants. Deux petits semblants de soleil, si pétillants de vie. Ils sont si jeunes, si innocents. J'espère qu'ils savent à quel point ils sont importants pour moi. J'ai tenté d'être le père le mieux qui soit, de leur offrir ce dont ils avaient vraiment besoin et leur apprendre les bases d'une vie heureuse. J'espère avoir réussit. Sur mon coeur, le noeud se serre un peu plus alors que, dans le vent qui chante à mes oreilles, je crois entendre encore les rires cristallins de mes enfants retentirent dans mes oreilles lorsqu'ils courraient pour venir se nicher dans mes bras lorsque je revenais d'une journée de travail. J'ose souhaiter qu'ils ont apprécis les moments que j'ai passé avec eux autant que moi, comme toutes les fois ou je les ai ammenés à la mer. Le sable... Je me souviens si bien de la sensation que procure ces grains sur nos pieds dénudés, de la douceur des vagues contre nos chevilles et du vent sur notre visage. Ils m'ont apportés l'espoir de vivre. Ils m'ont donné la force de prendre chaque souffle pour eux.
La réalité m'apparait si claire et nette lorsque la fin approche qu'à quelque part, ça me répugne. Malgré le fait d'avoir aimé ma famille, d'avoir protégé ce bien si précieux, comme tout humain ; j'ai fait des erreurs. Je regrètte tellement de chose, tellement de mots que j'aurais du prononcer mais qui se sont exprimés qu'à l'aide de cris ou de larmes. Je dois comprendre que c'est à la fin qu'on commence à penser au tout début ; n'est-ce pas ce que je suis exactement en train de faire? La vie est courte. J'ai longtemps cru avoir pleinement profité de la vie qu'on m'avait donné, je réalise alors que j'ai tort. Chaque seconde comptait. J'ai pris trop de temps à comprendre, à tel point que le sablier en est déjà à ces derniers grains. Je me souviens de chaque sourire, chaque larme. Chaque désir, chaque rage. Chaque crise, chaque joie. Chaque amour, chaque amitié. Chaque décès, chaque naissance. Chaque problème, chaque solution. Je me rappeles les derniers '' Je t'aime '', les derniers '' Prend soin de toi '', et les derniers '' Fais de beaux rêves Papa. '' Oui, je vous le jure ; je dormirais paisiblement. Je n'ai pas d'autre choix, la corde est déjà pendu. Je vais mourir, mais je garde la tête haute. J'assume mes erreurs, même que je mérite le châtiment que l'on me fait subir. Alors que mon coeur se serre une nouvelle fois en pensant à tout ce que ma vie a contenu, la corde autour de mon cou en fait autant, et du coup, le souffle m'échappe. Je calme la panique, et j'esquisse un sourire. La mort est plus belle que je pensais. »